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Le concept de résignation acquise

Quand une émission de télé à destination de la jeunesse me renvoie en 1967... A tous les parents ayant vu cette émission, prévenez vos enfants que ce n'est pas ainsi que l'on traite un chien.

Mercredi dernier, sur Gulli, j’ai eu le plaisir de voir une émission qui évoque le métier de comportementaliste. Chouette, c’est là l’occasion de mettre en avant un métier méconnu (surtout pour les chats) et de voir à l’écran ma formatrice en comportement félin, Gwendoline Le Peutrec Redon.


Pour autant, je ne vais pas parler de chat dans cet article (de ce côté-là, rien à redire), ni de cochon (je ne m’y connais pas assez, je l’avoue). Je voudrais plutôt revenir sur l’une des séquences qui m’a choquée : celle où la chienne phobique de l’aspirateur est tenue en laisse à proximité dudit aspirateur (allumé bien sûr, histoire de bien la stresser) et à qui on donne des bouts de saucisse (histoire de dire qu’on « travaille en positif »).


Cette séquence me donne l'occasion de vous parler du concept de résignation acquise (ou impuissance apprise).

Alors qu’est-ce ce donc que cela ?


Ce concept de résignation a été mise en évidence chez l’animal dans un premier temps, et notamment le chien. Dans leur étude de 1967, Overmier et Seligman ont démontré qu’un chien placé de façon durable ou répétée dans un environnement ou dans une situation stressante, nuisible, sur lequel il n’exerce aucun contrôle, finit par tomber dans un état de détresse cliniquement semblable à la dépression.


En l’espèce, il s’agissait de faire subir des chocs électriques à des chiens attachés n’ayant aucune possibilité de s’échapper ou d’arrêter les chocs électriques. Au fur et à mesure de l’expérience, ces chiens, comprenant qu’ils n’avaient aucun moyen de fuir et que toute action de fuite ou de rébellion serait inefficace avaient fini par capituler et se résigner passivement à leur sort, soit subir les chocs sans rien dire, sans bouger.


Dans la seconde partie de l’expérimentation, ces mêmes chiens qui avaient précédemment appris que rien ne pouvait arrêter les chocs, restaient passivement immobiles et gémissaient, alors même qu’il avait été mis en place cette fois petit muret qu'il suffisait de sauter pour éviter le choc. Cet état de résignation serait un des facteurs de la dépression et/ ou de l’anxiété et nuit à toute possibilité d’apprentissages nouveaux.


La séquence de l’émission de Gulli m'a donc fait penser à ce concept. La chienne, attachée et acculée entre ses humains et la cheminée, ne pouvait se soustraire à la situation et finit par comprendre que se résigner et ne rien faire est la seule option. Cet état de passivité permet alors à l’éducateur canin (un « expert » selon Gulli) de s’extasier sur le fait que le chien n’a plus peur (il mange ses bouts de saucisse !), et c’est vraiment super.

Ses humains aussi sont convaincus : « elle a préféré manger sa saucisse que partir »… euh non, elle était attachée, elle ne pouvait pas partir en fait. Et l’éducateur de leur conseiller de faire ça « tous les jours » !


Alors, bien sûr, la chienne n’a pas eu à subir de chocs électriques – fort heureusement (ce ne serait pas permis sur une chaîne comme Gulli quand même, et puis on n’est plus en 1967…). Pour autant, il est tout à fait évident que placer cette chienne craintive, attachée par une laisse, sans possibilité de fuir, juste à côté de ce qui lui fait peur constitue une immersion violente et irrespectueuse de son intégrité émotionnelle.


Un déconditionnement est tout à fait possible en respectant l’animal, en y allant progressivement. Il est tout de même regrettable qu’un programme à destination de la jeunesse soit si peu respectueux des êtres vivants doués de sensibilité que sont les chiens.


Espérons que dans les prochains épisodes nous verrons plus de bienveillance envers les chiens (parce que je n'ai pas parlé de l'autre chien de la famille qui se prenait des saccades sur la laisse à tout bout de champ). Bon, ok, j'avoue avoir peu d'espoir...