• EthikAnimal

Mon chien est dominant, que dois-je faire ? (Partie 2)

Votre chien monte sur le canapé et vous défie du regard. Vous le savez bien : il veut vous dominer et devenir le chef ! Hum... et si vous révisiez votre jugement ?



La dernière fois, je vous avais laissé(e) sur une explication relativement simple pour vous montrer que la dominance chez un chien n’est pas une caractéristique inhérente à sa personnalité (cf. article Mon chien est dominant, que dois-je faire ? - Partie 1)


A vrai dire, je vous vois venir…


- (Vous :) Oui, ok, il n’est pas dominant en tant que tel… mais je vois bien qu’il veut me dominer, qu’il veut devenir le chef de meute dans ma propre maison ! Bernadette est vraiment sûre d’elle, là !

- (Moi :) Euh… Comment dire ?


Si la dominance dans les relations intraspécifiques (c’est-à-dire entre individus d’une même espèce, ici le chien) existe en effet, aucune étude scientifique n’est venue corroborer l’idée selon laquelle la dominance interspécifique (entre espèces différentes, ici l’humain et le chien) existerait. Au contraire même, d’un point de vue éthologique, la relation interspécifique ne peut pas être décrite d’après la hiérarchie de dominance-subordination intraspécifique (Titeux et al., 2013).


En effet, cette hiérarchie de dominance-subordination « permet de structurer le groupe et de limiter les conflits en situation de compétition (pour une ressource alimentaire, un partenaire sexuel). Le caractère interspécifique de la relation humain - chien exclut de fait toute compétition entre les deux espèces » : L’humain subvient en effet aux besoins du chien et n’est pas en compétition avec lui pour l’accès aux ressources, qu’elles soient alimentaires, sexuelles, ou autres.


- (Moi :) Vous n’avez pas l’air convaincu…

- (Vous :) Ben…

- (Moi :) Est-ce que vous êtes en compétition avec votre chien pour la nourriture ?

- (Vous :) Ah non, je ne mange pas ses croquettes !

- (Moi :) Je suppose, en effet ! Et côté reproduction, comment ça se passe ?

- (Vous :) Beurk !

- (Moi :) On est d’accord. Vous n’êtes donc pas en compétition pour ces ressources et on peut le décliner à l’infini. C’est l’humain qui gère tout cela.

- (Vous :) Pas faux… Mais alors pourquoi il veut tout le temps monter sur le canapé ? C’est bien un signe de dominance, ça !

- (Moi :) En effet, c’est un signe… un signe qu’il aime les endroits confortables. Pas qu’il est dominant !


Bon, à voir votre air perplexe, je vois la question que vous vous posez : Pourquoi utiliser à tout bout de champ ce terme de « dominant » si ça n’existe pas dans les relations humain-chien ?


Parce qu’il est PRATIQUE, bien sûr ! C’est un terme fourre-tout qui permet de justifier tous les comportements de son chien. Plus besoin de réfléchir ou de se poser des questions, définir son chien comme étant « dominant » nous dispense de l’observer, de se renseigner sur ses expériences passées, d’analyser le contexte d’apparition de ses comportements, de s’interroger sur leurs causes.


Pourquoi perdre du temps à se former, s’informer, lire des études scientifiques, alors qu’une solution tellement simple existe déjà ? Elle permet d’appliquer les mêmes règles à tous les chiens (manger avant lui, ne pas msur le canapé, pouvoir retirer son os, montrer qui est le chef, bon sang !). Un sacré gain de temps et d’énergie, vous en conviendrez.


En gros, Bernadette, votre voisine, c’est une grosse faignasse. Et elle n’est pas la seule. Pour bien des éducateurs encore adeptes de cette théorie (et de la vieille école, il faut le reconnaître. Il y a un sérieux problème de mise à jour, j'en reparlerai un jour, sans doute), dès que le chien a un « problème » (en réalité, c’est plutôt l’humain qui a un problème ; le chien de son côté fait ce qu’il peut dans la mesure de ses possibilités), c’est parce qu’il est dominant.


Cette façon de procéder a l’avantage de la facilité ! Mais le chien est biiiiiiennnnn plus

complexe que cela !


Et là, en fonction des expériences qu’il a vécues, des apprentissages qu’il a faits, un comportementaliste pourra vous apporter les réponses à vos questions et des recommandations personnalisées et adaptées à votre chien !

… Résultat, vous n’avez plus qu’à me contacter 😊




Pour aller plus loin, je vous invite à lire l’étude suivante :

TITEUX, E., Péron, F., Gilbert, C. 2013. La relation homme-chien : nouvelles hypothèses.


Pour toutes les actus, c'est sur Facebook & Instagram !